Il faut réagir

« Et voilà qu’en moi aussi je sens se développer une angoisse néfaste. Il faut réagir. Il faut se retirer à l’écart de toutes ces rumeurs stériles qui se répandent comme une maladie contagieuse. Je me représente approximativement ce que doit être la vie intérieure de tous ces gens. Pauvre vie dénudée. C’est ainsi qu’on en vient à dire, comme je l’ai si souvent entendu : «Je ne suis plus capable de lire un livre, je ne puis plus me concentrer. Autrefois ma maison était toujours pleine de fleurs, mais aujourd’hui, non, vraiment je n’en ai plus envie. » Une vie appauvrie, indigente. Je sais fort bien à quoi je dois m’opposer. Ne pourrait-on apprendre aux gens qu’il est possible de « travailler » à sa vie intérieure, à la reconquête de la paix en soi. De continuer à avoir une vie intérieure productive et confiante, par-dessus la tête – si j’ose dire – des angoisses et des rumeurs qui vous assaillent. Ne pourrait-on leur apprendre que l’on peut se contraindre à s’agenouiller dans le coin le plus reculé et le plus paisible de son moi profond et persister jusqu’à sentir au-dessus de soi le ciel s’éclaircir – rien de plus, mais rien de moins. » (Etty Hillesum)

Energies refoulées

« Prenons l’exemple d’une mère occupée dans sa cuisine et dont l’enfant ne cesse de pleurer et de la déranger. Pourquoi l’enfant agit-il ainsi ? L’enfant désire l’attention de sa mère : « Tu fais tant de choses et tu n’as pas de temps à me consacrer ». La mère répond : « Va-t-en je suis occupée » et l’enfant crie de plus belle. La même chose se produit en nous : tout ce que nous rejetons réclame notre attention. Ce que nous essayons de refouler nous distrait et nous empêche d’accomplir notre tâche convenablement, tout comme l’enfant qui ne permet pas à sa mère de faire son travail. Il y a quelquefois en nous des éléments refoulés ou des énergies réprimées qui ont besoin de notre attention, aussi devons nous rechercher des domaines avec lesquels nous ne sommes pas réconciliés. Ce n’est qu’après les avoir découverts que nous pouvons être en harmonie avec ces énergies négatives présentes en nous. Dès l’instant où nous désignons ces énergies de « démon », elles deviennent réellement des démons. Jamais nous ne devrions dire à l’énergie qui requiert notre attention : « tu es un démon ». Nous devons lui confier : « tu es mon amie, je t’aime et désire apprendre de toi ». Le Christ a proclamé : « aimez vos ennemis » (Mt 5,44). L’ennemi avec lequel nous devons pactiser n’est pas seulement extérieur mais aussi intérieur. En ce qui concerne l’ennemi intérieur, les chrétiens sont souvent obsédés par le péché auxquels ils ne devraient pas accorder tant d’importance. Nous ne devons pas douter du fait que Dieu est plus puissant que Satan. » (John Martin)

A quoi bon fuir …

« A quoi bon fuir ceci et accueillir cela? (Sin-sin-ming) c’est-à-dire rester dans ce conflit de ce que je veux et de ce je refuse, de ce que j’aime et de ce que je n’aime pas, de ce à quoi je dis oui, de ce à quoi je dis non. Cessez cette lutte incessante. Quel est le contraire du conflit? La paix. Cessez d’entrer vous-même en conflit et vous serez en paix, paisible, apaisé, pacifié.
 » (Desjardins)

La miséricorde du cœur

« Ne cherche pas à distinguer chez les hommes entre méritants et indignes. Fais plutôt la part égale entre tous, pour les aimer et servir, de manière à les gagner tous au bien. Ne vois-tu pas que le Seigneur s’est assis à la table des pécheurs et des publicains et n’a pas rejeté ceux qui n’étaient pas dignes d’être ses commensaux  ? de même, fais le bien à l’impie et à l’homicide, en les honorant sans distinction. L’un et l’autre sont pour toi des frères qui participent à la même nature humaine.

Voici, mon fils, le testament que je te laisse :que dans ta balance, le plateau de la miséricorde soit toujours le gagnant, afin d’éprouver dans ton âme la miséricorde des entrailles de Dieu pour tout l’univers.

Quand donc l’homme saura que son cœur a atteint la pureté ? Lorsqu’il estime que tous les hommes sont bons et qu’il n’y en a point parmi eux qui soit impur. C’est à ce moment-là que le cœur de l’homme est pur en vérité.

Et qu’est ce que la pureté de cœur ? C’est en peu de mots la miséricorde que le cœur éprouve pour tout l’univers. Et qu’est ce que cette miséricorde  ? C’est la flamme qui l’embrase par amour pour toute la création, l’homme ? l’animal, les oiseaux du ciel et le Diable, tout être créé sans exception. Quand cet homme y pense ou y regarde, il sent que ses yeux sont inondés des larmes d’une compassion profonde et forte. Son cœur en est serré à ne plus pouvoir permettre, entendre ou voir le moindre tort ou la moindre souffrance infligée à quelque créature que ce soit. C’est pourquoi la prière qui accompagne les larmes comprend toujours et met sur le même pied les créatures dépourvues de raison et même les ennemis de la vérité et tous ceux qui lui résistent. La prière intercède pour que tous soient gardés et purifiés. C’est une compassion sans limite qui naît dans le cœur de l’homme et le rend semblable à Dieu. » Isaac de Ninive

Fraîche vie

« Tu m’as fait infini, tel est ton plaisir. Ce frêle calice tu l’épuises sans cesse et le remplis sans cesse à neuf de fraîche vie.

Cette petite flûte de roseau, tu l’as emportée par les collines et les vallées et tu as soufflé, au travers, des mélodies éternellement neuves.

À l’immortel toucher de tes mains, mon cœur joyeux échappe ses limites et se répand en ineffables épanchements.

Tes dons infinis, je n’ai que mes étroites mains pour m’en saisir. Mais les âges passent et encore tu verses et toujours il reste de la place à remplir. » Tagore

Noyau divin

« La racine de l’être, plus profonde et plus puissance, est ce noyau divin, indestructible. Or c’est en lui que l’Homme est UN, en lui seul qu’il est invité à se reconnaître UN avant d’être totalement anéanti par les forces qui le divisent. Ne nous faisons pas d’illusions: le face-à-face est maintenant là, l’épreuve est là qu’aucune violence extérieure déployée contre elle ne pourra arrêter, et que seul l’Homme se retournant vers le divin vaincra, non pas vers celui de l’aspect puéril et dérapant des religions, mais vers Celui qui relie chacun à lui-même, et alors à tous, dans l’amour.

C’est à la naissance de Celui-là que nous sommes pressés, que la fête de Noël, naissance de l’Enfant divin, concomitante à ce massacre des saints Innocents, nous presse. Un signe important nous est ici donné. Ayons la force de l’accepter et d’aller vers cette naissance … » Annick de Souzenelle