« Et voilà qu’en moi aussi je sens se développer une angoisse néfaste. Il faut réagir. Il faut se retirer à l’écart de toutes ces rumeurs stériles qui se répandent comme une maladie contagieuse. Je me représente approximativement ce que doit être la vie intérieure de tous ces gens. Pauvre vie dénudée. C’est ainsi qu’on en vient à dire, comme je l’ai si souvent entendu : «Je ne suis plus capable de lire un livre, je ne puis plus me concentrer. Autrefois ma maison était toujours pleine de fleurs, mais aujourd’hui, non, vraiment je n’en ai plus envie. » Une vie appauvrie, indigente. Je sais fort bien à quoi je dois m’opposer. Ne pourrait-on apprendre aux gens qu’il est possible de « travailler » à sa vie intérieure, à la reconquête de la paix en soi. De continuer à avoir une vie intérieure productive et confiante, par-dessus la tête – si j’ose dire – des angoisses et des rumeurs qui vous assaillent. Ne pourrait-on leur apprendre que l’on peut se contraindre à s’agenouiller dans le coin le plus reculé et le plus paisible de son moi profond et persister jusqu’à sentir au-dessus de soi le ciel s’éclaircir – rien de plus, mais rien de moins. » (Etty Hillesum)
Fraîche vie
« Tu m’as fait infini, tel est ton plaisir. Ce frêle calice tu l’épuises sans cesse et le remplis sans cesse à neuf de fraîche vie.
Cette petite flûte de roseau, tu l’as emportée par les collines et les vallées et tu as soufflé, au travers, des mélodies éternellement neuves.
À l’immortel toucher de tes mains, mon cœur joyeux échappe ses limites et se répand en ineffables épanchements.
Tes dons infinis, je n’ai que mes étroites mains pour m’en saisir. Mais les âges passent et encore tu verses et toujours il reste de la place à remplir. » Tagore
Noyau divin
« La racine de l’être, plus profonde et plus puissance, est ce noyau divin, indestructible. Or c’est en lui que l’Homme est UN, en lui seul qu’il est invité à se reconnaître UN avant d’être totalement anéanti par les forces qui le divisent. Ne nous faisons pas d’illusions: le face-à-face est maintenant là, l’épreuve est là qu’aucune violence extérieure déployée contre elle ne pourra arrêter, et que seul l’Homme se retournant vers le divin vaincra, non pas vers celui de l’aspect puéril et dérapant des religions, mais vers Celui qui relie chacun à lui-même, et alors à tous, dans l’amour.
C’est à la naissance de Celui-là que nous sommes pressés, que la fête de Noël, naissance de l’Enfant divin, concomitante à ce massacre des saints Innocents, nous presse. Un signe important nous est ici donné. Ayons la force de l’accepter et d’aller vers cette naissance … » Annick de Souzenelle
La naissance de Dieu en l’âme
« Quand Dieu, dans son essence, se trouve naître en moi,
Je suis – ô merveille – et géant et enfant. » Silésius
Apaise-toi …
« Apaise-toi toi-même, et le ciel et la terre te combleront de paix.
Efforce-toi d’entrer dans le trésor de ton cœur, et tu verras le trésor du ciel. Car l’un et l’autre sont le même.
Entrant dans l’un, tu contemples les deux.
L’échelle de ce Royaume est en toi, cachée dans ton âme. » Isaac de Ninive, syriaque (VIIe siècle)
L’atome d’or
« Tu es un grain de poussière, mais au fond de ce grain de poussière gît un atome d’or ». Mohamed Iqbal (poète et philosophe musulman de l’Inde britannique)
Le puits d’eau vive
« Remarquez bien que chacune de nos âmes contient en quelque sorte un puits d’eau vive ; il y a en elle un certain sens céleste, une image de Dieu enfouie… Il est là, le Verbe de Dieu, et son opération actuelle est de dégager le sable de votre âme à chacun, pour faire jaillir votre source. Cette source est en vous et ne vient pas du dehors, car « le Royaume de Dieu est au-dedans de vous » (Lc 17,21). »
Origène (IVe siècle), Homélies sur la Genèse, 13.
La porte du ciel
« Une même porte
Est celle du ciel
et celle de notre cœur.
Si donc nous ouvrons notre cœur
par la garde des commandements,
celle du ciel nous sera ouverte,
car Celui qui demeure dans le cœur est Celui-là même qui habite dans le ciel. »
Joseph de Hazzaya, syriaque du VIIIe siècle
Avoir un centre
« Une vie qui n’a pas de centre, c’est une vie qui n’a pas de sens. La paix (hésychia, pour les Grecs, shalom, pour les Juifs, shanti pour les Indiens), c’est d’être entièrement là…
Faites quelque chose sans être centré (distrait), faites la même chose en étant centré (attentif) – voyez la différence ! L’important, quelle que soit notre pratique, c’est d’être centré. (…)
Le centre n’est pas un point particulier du corps, mais une ouverture, un espace dans lequel nous accueillons tout ce qui est, avec lucidité, gratitude et compassion. Se tenir là où se tient l’astre, ou l’acte immobile, l’acte pur et premier, selon Aristote, « qui fait tourner la terre, le cœur humain et les autres étoiles »… Si ce n’est pas l’Amour, ça lui ressemble… » Jean-Yves Leloup, L’Assise et la marche, Albin Michel, 2011
