« Et voilà qu’en moi aussi je sens se développer une angoisse néfaste. Il faut réagir. Il faut se retirer à l’écart de toutes ces rumeurs stériles qui se répandent comme une maladie contagieuse. Je me représente approximativement ce que doit être la vie intérieure de tous ces gens. Pauvre vie dénudée. C’est ainsi qu’on en vient à dire, comme je l’ai si souvent entendu : «Je ne suis plus capable de lire un livre, je ne puis plus me concentrer. Autrefois ma maison était toujours pleine de fleurs, mais aujourd’hui, non, vraiment je n’en ai plus envie. » Une vie appauvrie, indigente. Je sais fort bien à quoi je dois m’opposer. Ne pourrait-on apprendre aux gens qu’il est possible de « travailler » à sa vie intérieure, à la reconquête de la paix en soi. De continuer à avoir une vie intérieure productive et confiante, par-dessus la tête – si j’ose dire – des angoisses et des rumeurs qui vous assaillent. Ne pourrait-on leur apprendre que l’on peut se contraindre à s’agenouiller dans le coin le plus reculé et le plus paisible de son moi profond et persister jusqu’à sentir au-dessus de soi le ciel s’éclaircir – rien de plus, mais rien de moins. » (Etty Hillesum)
