La miséricorde du cœur

« Ne cherche pas à distinguer chez les hommes entre méritants et indignes. Fais plutôt la part égale entre tous, pour les aimer et servir, de manière à les gagner tous au bien. Ne vois-tu pas que le Seigneur s’est assis à la table des pécheurs et des publicains et n’a pas rejeté ceux qui n’étaient pas dignes d’être ses commensaux  ? de même, fais le bien à l’impie et à l’homicide, en les honorant sans distinction. L’un et l’autre sont pour toi des frères qui participent à la même nature humaine.

Voici, mon fils, le testament que je te laisse :que dans ta balance, le plateau de la miséricorde soit toujours le gagnant, afin d’éprouver dans ton âme la miséricorde des entrailles de Dieu pour tout l’univers.

Quand donc l’homme saura que son cœur a atteint la pureté ? Lorsqu’il estime que tous les hommes sont bons et qu’il n’y en a point parmi eux qui soit impur. C’est à ce moment-là que le cœur de l’homme est pur en vérité.

Et qu’est ce que la pureté de cœur ? C’est en peu de mots la miséricorde que le cœur éprouve pour tout l’univers. Et qu’est ce que cette miséricorde  ? C’est la flamme qui l’embrase par amour pour toute la création, l’homme ? l’animal, les oiseaux du ciel et le Diable, tout être créé sans exception. Quand cet homme y pense ou y regarde, il sent que ses yeux sont inondés des larmes d’une compassion profonde et forte. Son cœur en est serré à ne plus pouvoir permettre, entendre ou voir le moindre tort ou la moindre souffrance infligée à quelque créature que ce soit. C’est pourquoi la prière qui accompagne les larmes comprend toujours et met sur le même pied les créatures dépourvues de raison et même les ennemis de la vérité et tous ceux qui lui résistent. La prière intercède pour que tous soient gardés et purifiés. C’est une compassion sans limite qui naît dans le cœur de l’homme et le rend semblable à Dieu. » Isaac de Ninive

Avoir un centre

« Une vie qui n’a pas de centre, c’est une vie qui n’a pas de sens. La paix (hésychia, pour les Grecs, shalom, pour les Juifs, shanti pour les Indiens), c’est d’être entièrement là…
Faites quelque chose sans être centré (distrait), faites la même chose en étant centré (attentif) – voyez la différence ! L’important, quelle que soit notre pratique, c’est d’être centré. (…)
Le centre n’est pas un point particulier du corps, mais une ouverture, un espace dans lequel nous accueillons tout ce qui est, avec lucidité, gratitude et compassion. Se tenir là où se tient l’astre, ou l’acte immobile, l’acte pur et premier, selon Aristote, « qui fait tourner la terre, le cœur humain et les autres étoiles »… Si ce n’est pas l’Amour, ça lui ressemble… » Jean-Yves Leloup, L’Assise et la marche, Albin Michel, 2011