Energies refoulées

« Prenons l’exemple d’une mère occupée dans sa cuisine et dont l’enfant ne cesse de pleurer et de la déranger. Pourquoi l’enfant agit-il ainsi ? L’enfant désire l’attention de sa mère : « Tu fais tant de choses et tu n’as pas de temps à me consacrer ». La mère répond : « Va-t-en je suis occupée » et l’enfant crie de plus belle. La même chose se produit en nous : tout ce que nous rejetons réclame notre attention. Ce que nous essayons de refouler nous distrait et nous empêche d’accomplir notre tâche convenablement, tout comme l’enfant qui ne permet pas à sa mère de faire son travail. Il y a quelquefois en nous des éléments refoulés ou des énergies réprimées qui ont besoin de notre attention, aussi devons nous rechercher des domaines avec lesquels nous ne sommes pas réconciliés. Ce n’est qu’après les avoir découverts que nous pouvons être en harmonie avec ces énergies négatives présentes en nous. Dès l’instant où nous désignons ces énergies de « démon », elles deviennent réellement des démons. Jamais nous ne devrions dire à l’énergie qui requiert notre attention : « tu es un démon ». Nous devons lui confier : « tu es mon amie, je t’aime et désire apprendre de toi ». Le Christ a proclamé : « aimez vos ennemis » (Mt 5,44). L’ennemi avec lequel nous devons pactiser n’est pas seulement extérieur mais aussi intérieur. En ce qui concerne l’ennemi intérieur, les chrétiens sont souvent obsédés par le péché auxquels ils ne devraient pas accorder tant d’importance. Nous ne devons pas douter du fait que Dieu est plus puissant que Satan. » (John Martin)

La pratique de la voie

« Un maître en discipline monastique nommé Yüan interrogea Pai Chang Huai-Hai :
– Maître, vous appliquez-vous à pratiquer la Voie ?
– Oui
– Comment ?
– quand j’ai faim, je mange. Quand je suis fatigué, je dors.
– tout le monde ne fait-il pas les mêmes efforts que vous ?
– Non, pas de la même manière.
– Pourquoi ?
– quand ils mangent, ils pensent à cent choses différentes. Quand ils s’endorment, ils réfléchissent à mille problèmes. Voilà pourquoi ils sont différents de moi.
Le maître en discipline fut réduit au silence. »
Le goût du zen – Recueil de propos et d’anecdotes, Gallimard, 1993

Avoir un centre

« Une vie qui n’a pas de centre, c’est une vie qui n’a pas de sens. La paix (hésychia, pour les Grecs, shalom, pour les Juifs, shanti pour les Indiens), c’est d’être entièrement là…
Faites quelque chose sans être centré (distrait), faites la même chose en étant centré (attentif) – voyez la différence ! L’important, quelle que soit notre pratique, c’est d’être centré. (…)
Le centre n’est pas un point particulier du corps, mais une ouverture, un espace dans lequel nous accueillons tout ce qui est, avec lucidité, gratitude et compassion. Se tenir là où se tient l’astre, ou l’acte immobile, l’acte pur et premier, selon Aristote, « qui fait tourner la terre, le cœur humain et les autres étoiles »… Si ce n’est pas l’Amour, ça lui ressemble… » Jean-Yves Leloup, L’Assise et la marche, Albin Michel, 2011