Fraîche vie

« Tu m’as fait infini, tel est ton plaisir. Ce frêle calice tu l’épuises sans cesse et le remplis sans cesse à neuf de fraîche vie.

Cette petite flûte de roseau, tu l’as emportée par les collines et les vallées et tu as soufflé, au travers, des mélodies éternellement neuves.

À l’immortel toucher de tes mains, mon cœur joyeux échappe ses limites et se répand en ineffables épanchements.

Tes dons infinis, je n’ai que mes étroites mains pour m’en saisir. Mais les âges passent et encore tu verses et toujours il reste de la place à remplir. » Tagore

Noyau divin

« La racine de l’être, plus profonde et plus puissance, est ce noyau divin, indestructible. Or c’est en lui que l’Homme est UN, en lui seul qu’il est invité à se reconnaître UN avant d’être totalement anéanti par les forces qui le divisent. Ne nous faisons pas d’illusions: le face-à-face est maintenant là, l’épreuve est là qu’aucune violence extérieure déployée contre elle ne pourra arrêter, et que seul l’Homme se retournant vers le divin vaincra, non pas vers celui de l’aspect puéril et dérapant des religions, mais vers Celui qui relie chacun à lui-même, et alors à tous, dans l’amour.

C’est à la naissance de Celui-là que nous sommes pressés, que la fête de Noël, naissance de l’Enfant divin, concomitante à ce massacre des saints Innocents, nous presse. Un signe important nous est ici donné. Ayons la force de l’accepter et d’aller vers cette naissance … » Annick de Souzenelle

Celui qui prie n’est jamais totalement seul

« Un premier lieu essentiel d’apprentissage de l’espérance est la prière. Si personne ne m’écoute plus, Dieu m’écoute encore. Si je ne peux plus parler avec personne, si je ne peux plus invoquer personne – je peux toujours parler à Dieu. S’il n’y a plus personne qui peut m’aider – là où il s’agit d’une nécessité ou d’une attente qui dépasse la capacité humaine d’espérer, Lui peut m’aider. Si je suis relégué dans une extrême solitude… ; celui qui prie n’est jamais totalement seul. » Benoît XVI, Spe Salvi, 32

Le Maître de la prière

« Aie un grand courage, et tu auras Dieu Lui-même pour maître de prière. Il est impossible d’apprendre à voir au moyen de paroles, parce que voir est un effet de nature. Il est tout aussi impossible d’apprendre la beauté de la prière par l’enseignement d’autrui. La prière ne s’apprend que dans la prière et elle a Dieu pour maître, Lui qui enseigne à l’homme la science (Ps 93, 10), qui accorde le don de la prière à celui qui prie, et qui bénit les années des justes (1 Sm 2, 9). Amen. » Jean Climaque (VIIe siècle), L’Echelle sainte

Apaise-toi …

« Apaise-toi toi-même, et le ciel et la terre te combleront de paix.
Efforce-toi d’entrer dans le trésor de ton cœur, et tu verras le trésor du ciel. Car l’un et l’autre sont le même.
Entrant dans l’un, tu contemples les deux.
L’échelle de ce Royaume est en toi, cachée dans ton âme. » Isaac de Ninive, syriaque (VIIe siècle)

Est-ce trop demander?

« Travailler à soi-même, ce n’est pas faire preuve d’individualisme morbide. Si la paix s’installe un jour, elle ne pourra être authentique que si chaque individu fait d’abord la paix en soi-même, extirpe tout sentiment de haine pour quelque race ou quelque peuple que ce soit, ou bien domine cette haine et la change en autre chose, peut-être même à la longue en amour – ou est-ce trop demander ? C’est pourtant la seule solution. Je pourrais continuer ainsi des pages entières. Ce petit morceau d’éternité qu’on porte en soi, on peut l’épuiser en un mot aussi bien qu’en dix gros traités. Je suis une femme heureuse et je chante les louanges de cette vie, oui vous avez bien lu, en l’an de grâce 1942, la énième année de guerre. » Hillesum, Etty, Une vie bouleversée.

La pratique de la voie

« Un maître en discipline monastique nommé Yüan interrogea Pai Chang Huai-Hai :
– Maître, vous appliquez-vous à pratiquer la Voie ?
– Oui
– Comment ?
– quand j’ai faim, je mange. Quand je suis fatigué, je dors.
– tout le monde ne fait-il pas les mêmes efforts que vous ?
– Non, pas de la même manière.
– Pourquoi ?
– quand ils mangent, ils pensent à cent choses différentes. Quand ils s’endorment, ils réfléchissent à mille problèmes. Voilà pourquoi ils sont différents de moi.
Le maître en discipline fut réduit au silence. »
Le goût du zen – Recueil de propos et d’anecdotes, Gallimard, 1993